vendredi 29 novembre 2013

Eux deux


Gena Rowlands et John Cassavettes


Plus d'une fois, le corps avait quitté la tête de l'homme
Avait permis aux rêves d'effectuer leur cadence
L'homme mâchant les carottes molles
Et la bouche s'ouvrant au rictus
Les dents blanches qui s'exhibent au monde
Le sourire en grand
Juste en face des yeux noirs
La femme.
Elle
Qui contemple
Ce qu'on peut voir de l'homme
Son extérieur
Et toute son air au dessus des laines
Recouvrant un corps rempli de chairs
Exactement en face de la vie
Assis sur le monde.

mercredi 27 novembre 2013

La décennie des lumières


Photographie de Nastia Kaletkina


Comme la décennie des éclairs,
Tous les volcans s’effriteront en même temps,
Exactement comme la matière
Lorsqu'elle s'écoule dans le corps de l'homme.
Les particules prendront leur fin dans la vision du monde
Et tout reprendra son ordre
Harmonieux, comme aux temps des siècles premiers
Où l'espèce humaine marchait encore sur ses deux pieds
Leur visage s'élançant sur le devant d'eux même,
Le dos maintenant une droiture 
Telle que la colonne vertébrale ne puisse s’affaisser
Et mourir.
Le monde est tout un Art.
Les hommes avancent à l'aide de leurs griffes implantées au sol
Et les microbes dorment en rêvant d'une terre à conquérir.
Plus rien que du vide,
Si bien que l'air n'a plus d'autre choix que d'immigrer vers des contrées lointaines.
Le Sud n'existe plus
Alors il reste le Nord
Froid et glacial.
Là où les hommes n'ont rien trouvés d'autre que de s'enfuir vers les nuages.
Là-haut, l'air n'est plus.
Mais il y a la lune et ses rangées d'étoiles.

mardi 29 octobre 2013

La docile marche du monde


Photographie de Virginie Zilbermann

La peau est froide. L'homme
tangue.
Il ne va pas tarder à éloigner sa main
de son corps pâle, car
son visage est glacial comme un flocon de neige
ses chairs grelottent de part ses pulls enfilés les uns sur les autres
et, c'est comme s'il avait oublié
de s'amincir
afin 
de parfaire à ceux qui peuplent son monde.
Sa mère lui avait dit :
Il ne faut pas superposer les pulls-over.
Tu vas finir par attraper 
froid 
au lieu du contraire.
Tes chairs contre ces monceaux de laine. Ce n'est pas
respectable.
Lorsqu'il était petit,
sa mère lui avait dit. Sa mère ne dit 
plus.
Rien.
Morte. A présent. Dans sa tombe.
Enterrée, 
parmi les vers et les cafards
Rongée des asticots et des petites bêtes.
Transformée en terre,
décomposée
afin d'aller rejoindre 
les salades 
et
les tomates,
commençant leur vie 
dans le terreau frais des jours.
Un bout de maman dans la terre.
Un bout de terre 
dans le vert.
Maman 
qui erre dans mon estomac 
grand comme l'univers.
J'ai faim. 
Il faut que je mange.
La carotte 
croque contre
ses dents.
Sa mère n'est plus.
Aucune parole alors
suspendue dans l'air.
Il ne faut pas superposer les pulls-over.
Les mots sont morts.
Les mots 
sont morts
dans la tombe
et il n'a 
rien 
pour lui dicter sa vie.
Seulement le reste.
Les pensées et les convictions
qui permettent d'avancer ses pas 
sur le sol mouillé d'antiquité.
A force de trop de vie, 
plus rien d'original.
Les copies, de nombreuses fois.
Salies par les
savons
passés et repassés sur l’éphémère
d'êtres semblables à lui.
Car c'est inévitable.
Une vie, 
c'est comme partout :
ça commence par les pleurs
et puis après on meurt.

jeudi 24 octobre 2013

Puisqu'il

As usual Art Print
Photographie de Daniel Vasilescu


 Les choses étranges
Transpercent les rêves comme s'ils n'avaient pas fini d'évoluer
De prendre leur allure dans les têtes emmitouflées de leurs cheveux passés par le temps
Il suffit de prendre appuie sur la vie
Afin de ne pas laisser les illusions s'évaporer
Alors ensuite
Ne pas briser les larmes sur le plancher des morts
Laisser couler l'humide sur nos joues rondes
Absorber les songes 
Et écrire ensuite
Afin de vider le surplus de graisse
Les abcès 
Et le dedans trop profond.


Entière, l'ombre demeure.